Comment choisir son filament
… quand on débute

Quel filament choisir ? C’est la question que posent presque toujours les débutants en impression 3D. Et c’est normal. Il y a une telle pléthore de marques, de qualités et de vendeurs.
C’est pourquoi il m’a semblé utile, face à cette détresse (par laquelle on est tous passés, soyez rassurés) de faire un petit point sur le sujet.
Sommaire
Naturellement, souvenez-vous que « Sur Docarti, je ne dis pas ce qu’il faut faire, je dis ce que je fais ». Là, en l’occurrence, c’est plutôt « ce que j’ai fait » puisque ça fait un moment que j’ai débuté.
Si vous êtes un vieux briscard de l’impression 3d, la suite ne vous intéressera probablement pas.
Choisir son filament : le contexte
Prenons un peu de hauteur pour comprendre l’objet de cet article.
Quand vous débutez, vous vous heurtez à des tas de réglages qu’on peut classer en deux catégories de base : le réglage de votre imprimante et la gestion de votre objet à imprimer.
- Dans la catégorie réglage de votre imprimante, vous avez tout ce qui est mécanique : plateau, extrudeur, déplacements, horizontalité, etc.
- Dans la catégorie impression, vous avez le réglage de votre trancheur (Cura, IdeaMaker, Prusa etc), qui dira à votre imprimante quoi imprimer et comment le faire.
Mais au final c’est bien du filament que vous extrudez. Le filament qui s’extrude c’est la conclusion de vos deux réglages précédents. Mauvais réglages mécaniques et ça ne collera pas au plateau par exemple. Mauvais réglages logiciels et votre impression finale ne sera pas belle.
Le filament est en fait une catégorie à lui tout seul ce qui fait donc trois variables à régler. Vous comprenez facilement qu’il est plus compliqué de régler 3 variables qui interagissent que 2, et plus compliqué d’en régler deux qu’une. L’idée est donc de réduire ces variables.
C’est pour cela qu’il est important d’essayer de réduire la dépendance à ces variables, surtout quand vous n’avez pas encore les ‘réflexes’ de l’impression. Un bon réglage mécanique de votre machine réduit le poids de cette variable et rend plus facile le réglage des autres. Un bon choix de filament est aussi un moyen de faciliter vos réglages. La seule variable qui varie 🙂 tout le temps c’est celle qui est liée à l’objet à imprimer puisque chaque objet est différent.
L’objet de cet article est de vous parler de la variable filament. Si la qualité de votre filament n’est pas constante (notez que je ne dis pas ‘bonne’ car on peut imprimer avec un mauvais filament, c’est juste plus compliqué et aléatoire) vous penserez que votre machine n’est pas bien réglée alors que vous aurez peut-être simplement un problème de filament. Dans le pire des cas, vous irez modifier un bon réglage (le plateau par exemple) alors que le problème vient du filament. Il est donc important de partir sûr de bonnes bases en matière de filament de façon à limiter l’influence de cette variable.
Après ces considérations théoriques, il est temps de remettre les pieds sur terre et les mains dans le cambouis. Voici donc une approche qui me semble logique et simple à appliquer en matière de filament quand vous débutez. Elle comporte trois points :
- la matière
- la marque
- le conditionnement.
La matière
Vous verrez qu’il y a de nombreux matériaux : PLA, PETG, ASA, ABS, Nylon etc. Plus des matériaux dits techniques, bois, carbone, métal etc. La liste est impressionnante.
Certains sont plus faciles à imprimer que d’autres. Tout est dans le « que d’autres » parce qu’en fait la facilité c’est assez relatif. Dans quelques temps, imprimer du PETG, par exemple, ou du TPU, vous semblera facile alors que, même le PLA peut être compliqué si vous débutez. C’est comme tout : il faut apprendre et s’habituer.
Donc, je vous le dis tout net. Si vous débutez, oubliez tout le reste et achetez du PLA ! D’abord, le PLA c’est le plus facile à imprimer… sous certaines conditions. On va en reparler plus bas. Ensuite c’est un des matériaux les moins chers et cerise sur le gâteau, c’est assez écolo puisque c’est fait à base d’amidon de maïs.
Pour satisfaire votre curiosité que je sens débordante, PLA c’est l’abréviation de l’anglais PolyLactic Acid, qui, en français, signifie acide polylactique. D’accord, ce n’est pas franchement plus poétique en français qu’en anglais. Sachez que c’est un produit qui résulte de la fermentation des sucres ou de l’amidon de maïs sous l’effet de bactéries qui vont synthétiser l’acide lactique. J’arrête là sur la description technique (la suite sur wikipedia si ça vous tente). Ca devrait vous suffire pour briller en société. Et même auprès des imprimeurs fous, puisqu’il n’y en a pas un sur 100 qui est capable de vous dire ce que je viens d’écrire (moi le premier).
Mais pour en revenir au sujet, mon conseil, c’est : ne vous cassez pas la tête, prenez du PLA. Mais pas n’importe lequel !
La marque
Autant choisir le matériau était facile, autant ça se complique pour la marque. Bon courage pour vous faire un avis. Si vous avez parcouru les forums, les vendeurs et les pages Facebook, vous êtes probablement moins avancés qu’avant de chercher ! Il y a des supporteurs inconditionnels de telle ou telle marque et des détracteurs du même tonneau. Et donc, vous verrez que X vous dit de prendre ça, « c’est génial, j’ai fait la maquette de la tour Eiffel avec ! » alors que Y vous dit « ne prenez surtout pas, je n’ai eu que des ennuis avec, ça m’a bouché mon extrudeur et ça a mis le feu à la maison ! » C’est comme partout…
Moi, ce que je vous dis d’abord c’est : ne prenez pas n’importe quoi. Il y a deux catégories de filaments : les bons et les mauvais. Je sais que ça ne vous avance pas. Mais vous allez comprendre.
Si vous achetez chez un vendeur (sur eBay par exemple, ou même sur mamazone) pas cher, sans marque, ou avec une marque peu connue, vous n’aurez pas forcément du mauvais filament. Mais vous ne serez sur de rien. Vous pourrez tomber sur un excellent arrivage comme sur une série à problèmes. parce que le vendeur noname va s’approvisionner un coup chez un fabricant et un coup chez l’autre. Et puis, si on lui fait une bonne réduc parce qu’il y a un lot raté, il prendra quand même. Et il vous mettra toujours ça sous le même emballage. Bref, vous ne pourrez pas avoir confiance dans votre filament. Pour en revenir à nos variables, là, ce sera une belle inconnue…
Parmi les problèmes vous aurez, par exemple, du filament cassant, ou/et au diamètre inconsistant et plus grave, du filament qui est emmêlé sur la bobine ce qui signifie que votre bobine va se bloquer. Vous aurez alors de fortes chances qu’elle tombe sur votre plateau pendant l’impression. Et comme la tartine de confiture, elle va tomber sur l’extrudeur (et donc l’abîmer ou le dérégler), puis sur la plateau, ce qui ne lui fera pas de bien (au plateau).
Ce que je vous décris est assez cataclysmique, digne de Mr Bean, et franchement, c’est un cas extrême. Mais pourquoi prendre des risques en commençant ?
Comme je le disais plus haut, en général quand on débute, il faut chercher à minimiser les variables, donc les complications. Si vous avez du filament cassant, votre impression va s’interrompre en plein milieu. S’il est de diamètre inconsistant il peut boucher votre extrudeur ou, plus couramment, vous donner une impression irrégulière. Et comme vous débutez, vous vous demanderez où votre machine est mal réglée alors que ça n’a rien à voir avec votre machine. Autant vous dire, donc, que vous multiplierez les complications au lieu de les minimiser.
Encore une fois, ça ne veut pas dire que tout ce qui est ‘pas cher et sans marque’ n’est pas bon. J’en achète régulièrement pour faire des pièces utilitaires et des prototypes. Un vendeur comme Grossiste3D vend du chinois pas cher et que j’utilise depuis des années.
Mais si vous commencez, prenez du réputé. Qui dit réputé dit souvent plus cher. Mais vous pouvez profiter de promos. Il y en a très régulièrement. Je vous donne ma sélection personnelle de 3 marques que j’utilise et qui ne m’ont jamais posé de problèmes : Eryone (tolérance 0.05mm), Sunlu (tolérance 0.02mm), Noulei (tolérance 0.02mm). La tolérance c’est la variations maximum du diamètre du filament. Une tolérance de 0.02mm donne un filament plus régulier que 0.05mm. Mais cela ne signifie pas que vous aurez ‘obligatoirement’ une variation de 0.02mm. Cela veut juste dire que vous n’aurez ‘jamais’ plus de 0.02mm de variation. L’Eryone (0.05mm) tient par exemple sans problème la comparaison avec le Sunlu (0.02). Ne vous attachez donc pas trop à ces chiffres dès lors que vous achetez de la marque.
Je m’en voudrais de finir ce chapitre sans parler des fabricants français. En haut du site, sur le bandeau, vous avez un lien pour en savoir plus à leur sujet. Ils sont, certes, souvent plus chers (mais pas toujours, surtout en période de promo) mais ils sont tous accessibles et prêts à répondre à vos questions si vous en avez. Un point à prendre en compte.
Le conditionnement
Une fois le matériau et la marque choisis, dernier point : le conditionnement.
Il existe 3 types de conditionnement principaux: au mètre, par 500g et par kilo. On trouve aussi des bobines de 2kg voire plus mais ça concerne rarement ceux qui débutent 😉
Un des problèmes posés par les filaments est la variabilité, qui n’est pas obligatoirement un problème que qualité. A l’intérieur d’une même marque, deux filaments de même type ne s’imprimeront pas forcément de la même façon. Et oui, ça aurait été trop simple ! Et je ne parle pas des marques chinoises Apacher mais des marques connues. Concrètement, pour mes impressions habituelles j’utilise beaucoup de Sunlu. Une marque que j’aime bien, en tout cas dans les filaments PLA+. Et bien suivant la couleur, je suis obligé de retoucher les paramètres (température/vitesse) car le filament se comporte différemment. Je pense que c’est un problème de pigments. Certains pigments doivent réagir différemment suivant la température.
Pourquoi est-ce que je vous parle de ça dans la rubrique conditionnement ? Tout simplement parce que je trouve que la bonne approche pour débuter consiste à rester dans la même marque. Et donc, à moins que vous n’ayez un gros budget, bien sûr, je vous suggère de chercher dans les lots de 2 ou mieux 3 bobines de la même marque et surtout de 500g ou 350g et non pas d’un kilo. Pourquoi par lots et non pas au détail ? Parce que le prix au kilo est toujours plus élevé en achetant 500g ou 350g à l’unité. Par lot, ils baisse. De cette façon, ça vous donnera une idée de la beauté des couleurs et du filament. Ensuite vous constaterez vous-même si vous êtes à l’aise, et si la couleur joue sur la facilité d’impression. Avec 500g ou 350g, on fait quand même pas mal de choses. Je ne parle pas de ceux qui attaquent comme premier print la statue de la Liberté grandeur nature.
J’en profite, au passage, pour vous signaler que j’essaie de vous indiquer dans le groupe Facebook de Docarti les prix intéressants par lots, lorsque j’en vois passer.
Vous allez me dire : pourquoi pas, alors, du filament au mètre ? Et je vous répondrai : mais pourquoi pas du filament au mètre ! Quand je dis au mètre, c’est plutôt par lots de couleurs différentes au mètre, comme ce Geeetech par exemple (là, ce sont des échantillons de 10m). Effectivement c’est une bonne solution pour tester les couleurs et les réglages. Pour bien maîtriser un filament vous aurez besoin d’imprimer des pièces dont des tours de température ou des tests de torture.
Pour vous donner un ordre d’idée, 40m de PLA chez Arianeplast pèsent à peu près 120g. Pour imprimer une tour de température (en 0.2mm) vous aurez besoin d’environ 20g soit un peu plus de 2m de filament. Vous voyez que, si vous voulez imprimer une tour, quelques tests de cheveux d’ange et quelques objets simples (benchy, cubes etc) pour vous rendre compte, il vous faudra au minimum 5m de filament. Mais pour le prix d’un kilo d’une seule couleur, vous vous ferez plaisir et vous aurez une idée de ce que vous aimez ou pas. Pourquoi acheter 1 kilo d’une couleur alors que vous risquez d’être déçus ? Et même pour du noir et du blanc il y a d’énormes différences de rendu entre les marques.
Un petit truc pour finir sur ce sujet. La plupart des trancheurs vous donnent la quantité de filament nécessaire pour imprimer une pièce, parfois en mètres, parfois en grammes ou les deux. Servez-vous de ça et d’un calculateur comme celui que je vous propose (mais il y en a d’autres) pour savoir ce dont vous avez vraiment besoin. Il m’est arrivé de commander un kilo pour des pièces et, en fin de compte, le filament a dormi dans le placard parce que j’avais mal évalué le besoin.
Et ensuite…
Vous avez les éléments nécessaires, à mon sens, pour débuter votre vie d’imprimeur dans les meilleures conditions. Si vous avez procédé comme je vous le suggère, vous serez à l’aise avec vos impressions de base et vous arriverez à bien régler votre machine parce que vous aurez presque neutralisé le paramètre filament.
Ensuite, à vous de jouer. Vous avez deux options, je pense. Essayer d’autres matériaux et tester d’autres marques.
Pour les autres matériaux, vous pourrez commencer par le PETG qui s’imprime ‘presque’ comme le PLA mais qui offre l’avantage d’être plus robuste en extérieur et d’être utilisable dans l’alimentation. Attention quand même. Il ne s’agit pas de faire des objets en contact permanent avec de la nourriture. Mais vous pourrez faire sans soucis des emporte-pièce par exemple. Après, vous découvrirez autre chose comme l’ABS (le plastique de Lego), le TPU (un matériau souple), l’ASA etc. Chacun de ces produits a des usages, des caractéristiques d’impression particulières (température, plateau chauffant, vitesse d’impression, rétraction). Et ensuite, si le coeur vous en dit, vous pourrez passer aux matériaux spéciaux à base de carbone, de bois et autres, chacun avec des contraintes spécifiques. Bref; vous aurez découvert l’Amérique !
Pour les marques, vous aurez le choix entre la descente en gamme ou la montée en gamme. Descente en achetant du chinois pas cher, mais que vous maîtriserez mieux puisque vous aurez les bonnes bases. Montée en gamme avec des filaments de marque et plus chers. Si vous faites beaucoup de petites pièces, c’est une bonne solution d’investir dans du filament de qualité et cher. Mais vous aurez surtout la montée en gamme avec du filament français. Par exemple Francofil vous propose des filaments PLA avec de la coquille Saint-Jacques, du blé ou du café ! Plus cher mais esthétiquement de très beaux produits.
Alors n’oubliez pas : maîtrisez tranquillement vos filament en faisant des tours de température, des test cheveux d’ange et vos petits objets préférés. Je vous suggère de regarder la page dédiée.
Pour avoir des idées sur d’autres marques de filaments, vous pouvez consulter la liste Pack Docarti filaments sur Amazon. Ce sont des filaments que j’utilise ou que j’ai utilisé.
Et comme toujours, si vous voulez parler de ce sujet, rendez-vous dans le groupe Facebook Docarti.
Bonnes impressions…